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Elections bidonnées, manifestations etc
ML 2009
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Les élections en Iran, comme partout ailleurs, ont un rôle de défouloir. Ce qui est frappant, là comme ailleurs, c’est la myopie des gouvernants. Il est convenu de dire qu’il y a un plafond de verre entre gouvernés et gouvernants, que le passage des uns vers les autres est quasiment impossible, qu’une fois que l’on est passé de l’autre côté on a changé de monde. On est aussi toujours étonné que ce barrage entre ces deux mondes empêche les gouvernants d’avoir une vue exacte de ce qui se passe sous ses pieds. Ce qui explique que, lorsque de temps en temps le pouvoir donne la parole à ceux qui n’en ont pas, cela ne se passe pas comme prévu. Dans les pays démocratiques occidentaux, le bâillon des partis fonctionne correctement, ailleurs comme en Iran il faut à chaque fois en mettre en place un nouveau.

Le pouvoir iranien

Depuis que le président Ahmadinejad est au pouvoir, les médias avides d’images frappantes sont servis. Mais comme d’habitude c’est au détriment d’une information moins spectaculaire qui reflèterait plus fidèlement les groupes au pouvoir. Pour ces élections 433 hommes et 42 femmes se sont portés candidats. Le pouvoir religieux a fait le tri et n’en a gardé que quatre. Ce sont ces groupes peu connus et peu communicants qui exercent le pouvoir réel. Car en sous main, derrière ce président va-t-en guerre dont on ne sait au fond s’il n’est pas une potiche, il y a le pouvoir d’un homme, successeur du barbu Khomeini et barbu aussi, Ali Khamenei et tout aussi religieux appelé « Guide de la Révolution ». En dessous et en même temps, à côté il y a trois ensemble contrôlés par les religieux : le Conseil des gardiens de la Constitution, le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime (c’est y pas beau !) et l’Assemblée des experts. Ce n’est qu’après que vient le Majlis c’est à dire le parlement. Le bras armé de ces religieux est le corps des Gardiens de la Révolution, fort de plus de 120 000 hommes fortement armés et équipés. Cette force de répression dépend directement du Guide lui-même.
Il apparaît donc clairement que le président sortant, est le garant du maintien dans la place de l’actuel groupe religieux au pouvoir. C’est pour cela que son succès fut fêté par Khamenei avant même la publication des résultats, dont on sait maintenant à quel point ils ont été bidonnés. Il aurait été beaucoup moins risqué de reconduire son mandat de façon autoritaire que d’ouvrir cette boite de Pandore que sont parfois les élections. Mais c’est là qu’entre en jeu la myopie des gouvernants.

La population iranienne

Ils ne savaient pas, malgré leurs flics partout, malgré leurs curés enturbannés qui légifèrent sur n’importe quoi, que la population iranienne est jeune et instruite. Il y a aujourd’hui plus de 68 millions d’habitants et un taux de fécondité de 1,7, bien plus bas qu’en France. Cela traduit une maîtrise des naissances et un niveau d’éducation peu communs dans la région. Pour comparaison on peut citer celui du pays voisin, la Syrie qui est près du double à 3,2. 70% de la population a moins de 35 ans et un peu plus de la moitié sont des femmes. Le taux d’alphabétisation est le plus haut de la région et tous ces jeunes ont été élevés dans le culte de la révolution islamique dont ils se sont rendus vite compte que si le deuxième terme est exact, le premier est un mensonge. Ce qui a pour conséquence de faire de ce pays le champion de la région en ce qui concerne la fuite des cerveaux. Alors dans un pays qui ronge son frein depuis tant d’année, ouvrir une petite fenêtre d’espoir, créer un courant d’air frais même sous la forme d’élections peu libres, puis vouloir refermer le couvercle, ne peut que provoquer une explosion. Et c’est bien ce qui se passe en ce moment.

Morts chez les ayatollah

7 personnes assassinées par les hommes à la solde du guide, ou 14 comme on peut 1’entendre ou encore plus, personne ne sait. Que se passe-t-il dans les autres villes du pays ? Les informations circulent par Internet quand le réseau fonctionne (il y aurait plus de 20 millions de personnes connectées), par Twitter ou simplement en utilisant la fonction première des téléphones portables, se parler. Il est difficile d’analyser ce qui est en train de se passer loin d’ici. Ce qui semble certain au vu des informations qui commencent à filtrer ici ou là, c’est que les conflits qui couvaient depuis longtemps dans le groupe religieux dirigeant, entre les « réformateurs » d’une part et les conservateurs du président sortant, sont entrés dans une phase active. Ce qui semble aussi certain c’est la part prise par les jeunes femmes dans cette protestation, à l’image de la femme du candidat Moussavi qui, fait exceptionnel là-bas, était montée à la tribune en tenant la main de son mari. Au fond ce sont elles qui ont le plus à gagner dans quelque ouverture que ce soit du régime actuel, et ce sont elles aussi qui paieront le prix si le courant s’inverse. Là-bas comme ici, il est plus facile de taper sur sa femme que sur son patron.


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