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Le voile le débat et ma liberté.
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Voilà bien des années que nous n’avons pas eu en France un débat aussi important. Important en durée, en interventions de toutes parts et en désir de légiférer. Depuis le débat autour de la loi Veil sur l’I.V.G. je ne me souviens pas d’un tel moment où autant de gens ont donné de la voix. Et aujourd’hui j’y mêle la mienne. Nous pouvons donc remercier ces jeunes filles récalcitrantes d’avoir créé cette occasion de parole.

Que cela ne nous empêche pas de nous demander, comment en pleine période « raffarinée » un tel débat est il possible ? Un besoin de parole trop longtemps impossible se ferait il jour à cette occasion ? Pourtant les sujets de débats n’on pas manqué cette année 2003. Mais ils n’ont duré que l’espace d’un mouvement social. Aucun n’a provoqué autant de prises de parole, de déclarations définitives, d’articles de journaux, de textes publiés, soit sur papier soit en ligne. Et ce n’est probablement pas fini, le texte de loi promis par notre président n’ayant pas encore vu le jour. Alors pourquoi cela donne t il lieu à une telle agitation ? Je vois, quand à moi une première raison bassement matérielle. Eh oui ! notre baron patronal n’est pas intervenu pour indiquer le chemin, car quelle que soit la solution apportée, elle ne coûtera rien au patronat. C’est un débat sans conséquence économique. Il n’y a rien à gagner pour personne dans cette discussion. Je veux dire en termes financiers. Le groupuscule qui nous gouverne peut donc remercier ces jeunes filles d’avoir initié une discussion qui semble nous détourne des problèmes qui fâchent comme les retraites ou les intermittents.
Il est important de remarquer que ce débat qui enflamme notre pays, n’a pas été initié par des intellectuels renommés ou des politiques en mal de tribune, mais par de toutes jeunes filles qui sans un mot ont posé un acte, radical et déterminé.

On pourrait s’arrêter là, tirer l’échelle et dire « circulez y’a rien à voir ! ». Mais ce n’est pas aussi simple. Car notre vie n’est pas seulement une affaire de bifteck. L’interdiction ou non de porter le voile poserait un problème de liberté. Le mot magique est lâché. Les Français sont sommés de prendre parti. Vous êtes pour ou contre la liberté ?

En fait de quelle liberté s’agit il ? Est-ce la liberté de rouler à la vitesse que l’on veut, mise à mal par les radars automatiques. Est-ce la liberté de fumer, rendue de plus en plus difficile par les hausses à répétition du prix du tabac ? Serait ce enfin la liberté de ne pas aller à la messe ? Attention on chauffe, je dirais on brûle ! Il s’agit en effet de liberté religieuse. Ne sont donc concernés que ceux qui professent une religion. Dans mon cas, j’ai donc le droit de me taire. Voilà, on y est ! Si vous êtes athée, agnostique, où simplement indifférent, vous n’avez pas le droit à la parole, car ce débat ne concerne que ceux qui « croaaent ». La grande force des institutions religieuses c’est d’avoir retourné à leur profit la notion de laïcité.

Pour elles la laïcité c’est la possibilité d’avoir une religion et de la professer. Il oublient bien vite que c’est aussi le droit de ne pas avoir de religion et de ne pas être agressé par ceux qui en ont une. Dans ce débat, les bien pensants ont rapidement oublié les entraves à la liberté de divorcer ou d’avorter mis en place par le catholicisme. Allons donc faire un tour en Espagne, en Italie, ou en Irlande, cette liberté religieuse y règne sans problème. Il apparaît maintenant que l’exercice de cette liberté consiste essentiellement en une limitation des droits de la femme. Les institutions religieuses n’ont jamais fait mystère de l’intérêt qu’elles portaient aux mères. Ce sont elles les meilleurs vecteurs de transmission de la religion. Dans ce domaine on ne peut pas faire confiance aux hommes. Quand les femmes cessent d’aller à l’église, à la mosquée ou à la synagogue, c’est le début de la fin de la propagation de la religion.

Ce débat sur le voile, a été l’occasion pour les institutions religieuses de faire entendre leur voix. Il est remarquable d’entendre un monseigneur déclarer que la loi ne s’appliquerait pas dans leurs écoles, l’argent d’accord mais pas plus. Cela a permis aux organisations cultuelles musulmanes d’apparaître à la télévision, c’est-à-dire de réellement exister…elles ne sont plus seulement l’émanation des actions de M. Sarkozy.

Ayant suivi ce débat depuis le début (difficile de faire autrement) j’aurais quelques remarques à faire sur le fond. J’ai entendu plusieurs fois dire « c’est notre culture » à propos de la volonté de porter le voile. Ce terme de culture me pose un problème. Il est dans ce contexte assimilé à religion. Les gens qui viennent de pays ou la religion dominante est l’Islam, sont considérés ipso facto comme musulmans. Il y a confusion des termes entre culture et religion. C’est en fait le signe premier du fondamentalisme religieux. Nier la différence entre la culture et la religion, se fait au détriment de la première. La culture, produit de l’activité humaine, ne peut que se heurter plus ou moins violement selon les périodes à la religion qui proclame son origine divine. Il faut d’ailleurs remarquer que notre société occidentale se targue d’être judéo-chrétienne. Cette qualification est un tour de passe-passe au profit du religieux. Cela évite d’avoir à prendre en compte l’apport décisif des Grecs anciens via les intellectuels musulmans. Cela évite aussi d’avoir à rendre compte des Lumières dans ce que nous sommes aujourd’hui. L’offensive polonaise pour faire …. L’héritage chrétien de l’Europe en est le signe le plus marquant.

Le droit à questionner la religion est inséparable de la liberté religieuse. Il n’est pas possible d’accepter des réponses telles que « c’est ma religion, ma culture ». Le fondamentalisme religieux consiste à considérer le texte de la révélation comme un tout d’origine unique. Il n’est pas le transfert par écrit de la mémoire des hommes, mais il est dicté par Dieu. Donc tout ce qui est dedans est vrai, non seulement vrai mais aussi coercitif. Il suffit de voir comment dans certaines universités religieuses du sud des Etats Unis le conflit entre le récit biblique de la création du monde et les travaux scientifiques ont été évacués. Accepter le voile à l’école, ne se résume pas à la tolérance d’un bout de chiffon. Ce n’est pas seulement un détail vestimentaire. C’est une marque d’appartenance à une communauté religieuse qui refuse de questionner le texte. Quand ces élèves seront confrontés à des cours d’histoire des religions le conflit resurgira.

Ce débat a aussi été l’occasion de faire apparaître des intellectuels (d’origine, de culture ?) musulmans professant des positions différentes quand ce n’est divergentes par rapport aux déclarations des partisans du foulard. Nous avons vu surgir aussi des « musulmans laïques » .
Nous pouvons remercier de nouveau ces jeunes filles récalcitrantes pour nous avoir donner l’occasion d’entendre ces voix.

A propos du voile et du point de vue de Christine Delpy.

Quelques remarques :

Quelles que soient les raisons profondes pour lesquelles des jeunes filles portent le voile : (voila ce que je disais dans le monde Libertaire : nous reconnaissons l’expression d’un désir identitaire face au rouleau compresseur de la marchandise) c’est faire preuve d’un certain angélisme de ne pas se rendre compte que ce débat est l’occasion pour un certain nombre de curés (quelque soit leur religion) de reprendre la parole. Les anarchistes savent ce que pèsent les lois, et spécialement celles qui visent des cas précis. Nous avons encore en mémoire les « lois scélérates ».

Ce débat est l’occasion d’une offensive tout azimuts pour ramener sur le devant de la scène des institutions cultuelles en perte de vitesse. L’Islam (pourquoi quand on parle de ce problème on ne joint pas d’analyse sur les institution cultuelles musulmanes On tolère bien moins les traditionalistes de Mgr Lefèbvre que ceux de l’UOIF. Peut on me dire ou est la différence ?

) organisé en France n’a jamais eu autant la parole que maintenant. Cette question du voile est pain bénit (sic) pour lui. De la même façon que quand Monseigneur Machin parle, il entend parler au nom des chrétiens, et par là il pense sans le dire à tous ceux qui habitent le territoire de la fille aînée de l’église, de la même façon l’Iman Chose parle au nom de tous ceux que l’on appelle musulman.
Combien de temps encore va-t-il falloir accepter ce jeu impérialiste de vocabulaire, cette confusion entre culture et religion ?
Ceux qui demandent une loi sont semble t il des enseignants paumés face à cette dynamique religieuse et des femmes/filles qui réclament un endroit où la pression auxquelles elles semblent être soumises ne s’applique pas. Ne pas prendre en compte cette souffrance

Quand à la violence dont les jeunes des cités font l’objet, ne parler que des jeunes issus de l’émigration magrébhine comme le fait CD relève du racisme, et quid des turcs, comoriens, africains noirs, musulmans ou animistes ?
Nous savons qu’en appeler à une justice sociale relève d’une certaine dose de naïveté. La société dans laquelle nous vivons est basée sur l’exploitation de ceux qui la composent. Les bougnoules d’avant furent les ritals et les polaks, les espingouins et les porto. Intégrer les jeunes des banlieues, des quartiers ne rendrait pas la société plus juste mais serait juste l’occasion pour elle de changer la constitution d’un sous prolétariat dont elle a besoin pour faire peur à ceux qui ont du boulot. Ferme ta gueule, il y en a 10 qui attendent ta place.

Ca ne me gêne pas du tout d’exclure les cultes de tout poil de la vie publique. Le premier principe de la laïcité est l’affirmation que les lois sont faites par les hommes pour les hommes, et défaites par eux, et qu’il n’y a pas de transcendance.


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