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Daesh ou la construction d’un nouveau mythe
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17 janvier 2015

« Tuer les tous, Dieu reconnaitra les siens ! »
- 1209 - Arnaud Amaury Légat du pape

Et si l’Etat islamique (Islamic State of Syria and Irak) était autre chose que ce que l’on nous présente à longueur de temps dans les médias, ni moins terrible, ni moins sanglant, juste autre chose avec lequel nous allons être obligé de vivre encore longtemps ? Daesh n’est pas un accident de l’histoire, mais juste le fruit de cette histoire. Aussi horrible, aussi meurtrier, aussi sanglant que tout ce qui s’est passé dans cette région du monde depuis cinquante ans. Il utilise les mêmes armes, les mêmes moyens que lors de la guerre Iran/irak, que Saddam Hussein à Halabja, que la liquidation du camp de Sara et Chatila au Liban sous le regard « neutre » de l‘armée israélienne etc. etc.

Le califat, hier et aujourd’hui

A l’origine le calife était un successeur du Prophète Mohammed. Ce titre incarne dans l’imaginaire musulman l’âge d’or de l’Islam conquérant et créateur. Sous le pouvoir ottoman vint le sommeil. Un calife rassemble en sa main les pouvoirs spirituels et temporels. Tout musulman lui doit obéissance. Abou Bakr al-Baghdadi s’est proclamé calife en juin 2014 de cet Etat Islamique en Irak et en Syrie plus souvent nommé Daesh.

Ce Daesh est l’héritier et le successeur des régimes qui l’ont précédé dans cette région du monde. C’est en cela qu’il menace et séduit. Il m’a paru pertinent de reproduire à ce sujet une analyse trouvée en ligne (http:// dndf.org) « L’État Islamique n’est pas un retour archaïque, fruit de rapports sociaux en décomposition, mais une entité politique en adéquation avec l’époque et le milieu qui l’ont produite : c’est l’État dénationalisé en personne […] en tout point digne de succéder à la « nation arabe » comme acteur social et géopolitique . Le rêve nationaliste arabe a vécu. Après avoir été incarné un temps par Nasser et sa République arabe unie il a disparu. L’idée va être brandie de nouveau, plus tard par Kadhafi avec le succès que l’on sait. Aujourd’hui le Califat renoue avec cette espérance, mais hors diplomatie. Il renoue avec le mythe de la conquête arabe. Il offre l’espoir et la possibilité de se battre pour un monde meilleur à une jeunesse désemparée. Il emprunte ses moyens, ses façons d’agir aux régimes qui l’ont précédé. La violence et l’horreur des combats et des répressions internes et externes dans et entre les Etats de cette région du monde semble bien avoir été oubliée par notre Occident replié sur ses certitudes.

Quel avenir pour l’Etat islamique ?

Il aura fallu les exécutions spectacularisées de quelques Américains survenues après l’effroyable annihilation des communautés yézidies, héritières du zoroastrisme, pour que les USA se décident à intervenir directement tant en Syrie qu’en Irak. Tous les commentateurs s’unissent pour dire que si ces bombardements arrêtent l’expansion islamique, sans intervention au sol, Daesh ne reculera pas. De cela il n’est pas question. Les interventions en Irak contre Saddam Hussein des Bush père et fils ont débouché sur une catastrophe tant humaine que financière, tant d’un côté que de l’autre. Les derniers chiffres indiquent que plus de 2 000 milliards de dollars ont été dépensés en vain. Il y aurait eu près d’un millions de morts du côté irakien, 2 000 Américains y sont morts et plus de 320 000 furent blessés.

En adaptant sa stratégie, Daesh a encore de beaux jours devant lui. En face les forces kurdes vont pour voir au mieux repousser quelques offensives et sécuriser leurs territoires. L’armée irakienne n’existe plus que sur le papier. En Syrie l’Etat d’Assad est bien trop occupé à se battre sur le front intérieur pour faire face. La propagande islamique va pouvoir utiliser les bombardement américains pour montrer que le combat de Daesh est aussi contre le capital international, contre la modernité etc. Au Moyen-Orient les frontières, héritées du démembrement de l’Empire ottoman, n’ont plus aucun sens. Le nouvel Etat comme bien d’autres avant lui est en train de se forger les siennes. La seule question est de savoir combien de temps il faudra à la communauté internationale pour les reconnaitre. Si d’aventure il disparaissait du fait de contradictions internes Daesh laisserait la place à une formidable chanson de geste pleine de bruit et de fureur. Imbibé de sang et de violence il aurait montré à la face du monde qu’un autre avenir était possible pour tout ceux qui se sentent rejetés du fait de leur religion.

Quel avenir pour l’Occident ?

Par cargo, entiers des réfugiés chassés par ce conflit débarquent en Europe. Par centaines des jeunes, hommes et femmes, rejoignent ce combat à la fois meurtrier et mystique. Pour les gouvernements européens la tâche devient double. Il va falloir refouler les premiers et empêcher les deuxièmes de partir. Sous prétexte de protéger d’éventuels attentats et de réguler l’immigration des réglementations autoritaires voient le jour qui pourront être utiles à bien d’autres choses. Elles pourront servir à toutes les remises au pas.

conclusion refusée Le mot d’ordre de nos pays va être simple. Ce sera celui de refoulement. Il faudra refouler les immigrants qui arrivent sans cesse. Il faudra refouler, réprimer les insatisfactions nées de l’apartheid social, refouler l’horreur qui frappe à nos portes. L’outil qui a nom crise va servir à toutes les remises au pas. Nous, Français, n’oublierons pas qu’il y a 8 siècle un individu, envoyé du pape, aurait dit, en avance sur le calife islamique « Tuer les tous, Dieu reconnaitra les siens !
Pierre Sommermeyer


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