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Obama, Israel et l’Iran
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Le Monde libertaire n° 1560 11 juiin 2009

Le vent a tourné ! Ils, Netanyahu et son compère Liberman, pensaient être au centre du monde, ils viennent d’être rejetés à sa périphérie.
Le vent a tourné, les enjeux tant politiques qu’économiques de l’Empire américain ont, crise oblige, de nouveaux impératifs. La politique belliciste d’Israël est un risque que Washington ne peut plus se permettre de
soutenir.


Que s’est il passé ?

L’élément déclencheur de cette nouvelle « realpolitik » est à chercher au Pakistan. C’est un pays gangrené par la corruption, en totale déliquescence politique, incapable de faire face à une misère galopante et doté de l’arme atomique. Le seul corps social homogène est l’armée, la seule opposition est la mouvance islamique et son bras armé, les talibans dont les revers militaires augmentent la popularité. Ce qui se passe dans ce pays illustre l’échec militaire des forces occidentales en Afghanistan. Il s’agit aujourd’hui, pour elles, de mettre en place une politique de containement, c’est-à-dire endiguer l’influence croissante des talibans, faire de telle sorte qu’ils ne puissent plus sortir d’où ils sont et ce faisant les y enfermer comme dans un piège.

Pour les USA, il y a deux priorités, partir d’Irak en donnant l’impression qu’ils n’ont pas été vaincus d’une part et tenter de colmater les brèches du conflit pakistano-afghan de l’autre. Pour cela il faut négocier avec le puissant voisin de cette poudrière : l’Iran. Pour comprendre le poids de Téhéran, il suffit de regarder rapidement une carte. Ce pays, le plus peuplé de la région (plus de 71 millions), a des frontières communes aussi bien avec le Pakistan, l’Afghanistan l’Irak, qu’avec la Turquie ou l’Arménie et d’autres encore. Ses côtes au nord bordent la Caspienne et au sud le golfe d’Oman, c’est-à-dire que de fait l’Iran contrôle la circulation du pétrole. Cette situation géographique en fait un pion important si ce n’est déterminant de toute politique dans la région. D’autre part cet héritier de la Perse antique a montré qu’il était capable d’avoir une influence déstabilisatrice à travers ses pseudopodes chiites comme le Hezbollah libanais.


Le prix à payer

Washington sait qu’il va falloir passer à la caisse. Dans un premier temps, la seule façon de contenter l’Iran sans fâcher les amis traditionnels saoudiens comme égyptiens est de mettre fin au conflit israélo-palestinien. Cela va être la mise de base dans cette partie de poker menteur où il ne devra y avoir que des gagnants. En acceptant dans son gouvernement l’extrémiste de droite, pour ne pas dire le fasciste, Liberman, Netanyahu a mécontenté le groupe de pression conservateur juif américain d’une part et d’autre part a augmenté l’influence du groupe opposé, juif libéral, qui a contribué au financement de la campagne présidentielle démocrate.

Obama va devoir rapidement passer aux actes. Il s’agira pour lui à la fois de conforter Israël dans son existence et de mettre en place un Etat palestinien viable. Cette dernière condition est nécessaire pour qu’à la fois Saoudiens, Egyptiens et Iraniens puissent chanter victoire. Pour cela, il va falloir que certains passent à la caisse. On peut d’ores et déjà prédire que le Hamas va devoir en rabattre de ses prétentions et qu’il va rentrer dans le rang contraint et forcé. En Israël, des négociations âpres et violentes auront lieu pour savoir quelles colonies seront obligées de plier bagages avec probablement une remise en question d’une partie du mur. Les scènes de révolte qui ont eu lieu lors de l’évacuation de Gaza paraîtront bien bénignes à côté de ce qui adviendra lors des heurts prévisibles entre l’armée israélienne et les fous de Dieu. D’autre part une réaction violente, désespérée de l’establishment politico militaire, sous forme d’un bombardement de centrale iranienne, n’est probablement pas à exclure.

Deux Etats, pourquoi pas ?

Je mettais en doute dans un précédent article la possibilité d’accéder à cette situation par le biais de négociations entre les premiers concernés du fait du refus d’une société israélienne formatée par la guerre qui ne pourrait voir dans la paix qu’une forme de déstabilisation. Aujourd’hui, la situation a changé. Palestiniens comme Israéliens vont être obligés d’en passer par là, parce que l’intérêt géostratégique américain l’impose.

Si par chance le plan américain était un succès il induirait un facteur de déstabilisation autrement plus important au Proche-Orient que ne l’est la situation actuelle. L’existence de deux Etats complémentaires, l‘existence de deux sociétés au fonctionnement proche tant du point de vue démocratique que du niveau de formation de la population, de deux sociétés aux intérêts économiques convergents fera apparaître les pays environnants comme retardataires et politiquement réactionnaires. Israéliens et Palestiniens ont une connaissance les uns des autres bien plus profonde que des pays environnants. Il n’est pas sûr que Jordanie, Syrie et Égypte supportent cela sans réagir.


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