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La modernité à l’assaut du monde arabe
Les printemps arabe
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Réfractions N°28 Printemps 2012

CE QUE LES MÉDIAS ONT APPELÉ « LE PRINTEMPS ARABE » a surpris tout le monde. C’est devenu lassant de le faire remarquer encore et encore. Si les chercheurs qui avaient mis au jour des évolutions profondes de ces sociétés dites « arabes » et prévoyaient des changements inévitables avaient été entendus, la surprise aurait été moins grande.

Le monde de l’information attaché à l’immédiateté des faits n’a rien vu venir d’une part, et comme d’habitude il conserve cette courte vue quand il s’agit d’expliquer et de comprendre ce qui se passe. Regarder en arrière est indispensable pour comprendre le présent. L’espérance du changement radical présent dans l’espérance humaine est un mythe, il ne peut y avoir de table rase du passé. Les individus ont un héritage génétique, ce que personne ne conteste, la société dont ils sont les composantes aussi.

Nous sommes les héritiers d’un passé qui pèse lourd. Pour comprendre les raisons des révolutions qui sont en cours au Moyen Orient et de leurs limites actuelles, il faut faire un retour aux débuts de l’histoire du peuple arabe. Il faut aussi considérer quelles sont les leçons données par l’histoire plus récente, celle de la deuxième moitié du siècle qui s’est terminée il y a une décennie.


LE POIDS DE L’HISTOIRE

Il est tentant soit de présenter les Arabes comme des musulmans soit de faire des musulmans des Arabes. La majorité des musulmans ne sont pas arabes (Indonésie, Pakistan, Bengale, Turquie, Iran, etc.). Si la majorité des Arabes sont musulmans, ce n’est pas la totalité. Il existe diverses confessions chrétiennes arabes, coptes catholiques orientaux et autres. Faut-il rappeler que jusqu’au septième siècle les Arabes ne peuplent que la péninsule arabique et une partie de la Mésopotamie ?

Cent ans après la mort de Mahomet (632 de notre ère), fondateur de l’islam1, l’empire arabe s’étend des confins asiatiques à l’Océan Atlantique. À partir de la prise de Constantinople en 1453, l’Empire Ottoman contrôle le sud de la Méditerranée et une partie de l’Europe. Le règne des Arabes est terminé. Le fait que les Turcs, d’origine asiatique, soient musulmans ne doit pas faire oublier que leur pouvoir est colonial. Il faudra attendre la défaite de la première guerre mondiale, la Turquie s’étant rangée du côté de l’Allemagne, pour qu’avec le traité de Sèvres conclu le 10 août 1920 les pays du Proche Orient, Syrie, Palestine, Liban, Irak, Arabie recouvrent une certaine autonomie avant de devenir indépendants.

Tous ces pays ont en commun leur religion majoritaire et, à l’exception du Maroc, leur soumission au pouvoir d’Istanbul. La Sublime Porte ottomane, au nom de son pouvoir et de l’Islam, a empêché la création et le développement d’une classe bourgeoise entrepreneuriale par la centralisation du pouvoir religieux, intellectuel et temporel. C’est la fonction du califat qui est la base de l’organisation musulmane. Le porteur du titre, héritier du prophète, a pour rôle de garder l’unité de l’Islam [1]. Tout musulman lui doit obéissance, dans le cadre de la charia. Le calife est le dirigeant de l’Oumma, la communauté des musulmans. Islam, la démocratie, le droit La démocratie parlementaire fonctionne sur la pluralité des sources de pouvoir à l’exclusion du pouvoir religieux, sur la contradiction des visions des dirigeants potentiels, sur l’alternance. La place incontestée de l’État, qui est présenté comme le ciment social des pays démocratiques, incarne l’unité de ce système contradictoire.

L’origine de ce bicéphalisme remonte à l’origine du christianisme et à ce verset du Nouveau Testament « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » (Matthieu, XXII,21) qui fonde la séparation entre le temporel et le spirituel. C’est là le début de la tension qui va traverser dès lors toutes les sociétés occidentales et ce encore de nos jours.

C’est entre ces deux pôles contradictoires et concurrents que vont pouvoir se glisser et prospérer les contestations de tout ordre, l’humanisme, la Réforme et bien sûr le courant qui va prendre le nom de Lumières. Dans l’islam, deux courants intellectuels vont naître, se développer et se concurrencer, les théologiens et les juristes. Le droit musulman, la charia, est la plupart du temps caricaturé en Occident à partir de ses dimensions interpersonnelles, et particulièrement en ce qui concerne les droits des femmes. Le colonisateur occidental en imposant son ordre avait aboli tout ce qui régulait la vie quotidienne politique, économique et sociale des populations en laissant actif ce qui concernait la vie privée.

La charia pouvait aussi concerner le droit de la guerre, le droit des traités et le droit des étrangers. L’élaboration du droit musulman qui a pris la forme de quatre écoles juridiques arrête d’évoluer entre le Xe siècle, quand un calife ferme les portes de l’interprétation, et le XIIIe siècle avec l’invasion mongole. C’est ce qui donne ce caractère archaïque à la charia. Il faudrait en fait la comparer au droit canonique catholique pour en faire une évaluation non réductrice.

La fin du XIIIe siècle et le XIVe voient arriver depuis les immensités asiatiques, hors les Mongols, des groupes nomades plus ou moins homogènes à la recherche de nouveaux territoires. Le monde arabe change alors définitivement d’apparence. Il faut s’arrêter sur ce nouvel état de fait et prendre le temps d’examiner l’évolution de ce qui va devenir la Turquie, sans oublier l’Egypte et la Tunisie puisque ces deux pays sont à l’origine du renouveau arabe.

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Notes :

[1La façon même d’écrire avec ou sans majuscule le mot islam illustre bien l’ambiguïté de l’utilisation du terme. Avec une majuscule, il s’agit de la civilisation, sans, on parle de la religion


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