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Territoires, frontières, itinéraire individuel
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Il en est des mots comme des images, ils peuvent avoir plus de poids que le simple ajustement de leurs lettres ou de ce qu’ils représentent. Ils nous ouvrent des fenêtres, parfois insoupçonnées, sur des pans entiers de notre vie. Une conversation, un texte, un projet, peuvent être le moment où le mot fait irruption dans notre pensée, sans y être invité, y rester, s’y nicher et devenir part de soi- même. C’est ce qui s’est passé quand il fut question au sein du collectif de Réfractions de donner suite à la proposition de faire un numéro sur l’idée de territoire. Ce mot est l’origine. Ce mot est une valise. Ce n’est pas un mot- valise. Il ne s’agit pas, dans ce cas, de la définition commune qui donne à ce concept l’image d’une association de mots créant quelque chose de nouveau, comme Boris Vian dans l’Écume des jours parlant du « pianocktail » qui en fit rêver plus d’un ou, dans le langage courant, venant des Amériques, le « motel » à l’image plutôt glauque. Pour moi, ce mot est bien une valise. Une valise en mauvais état, fermant mal, qui vient au choc d’un autre mot de s’ouvrir et de mettre au jour plein de choses plus ou moins agréables. Sa structure extérieure, son enveloppe est un autre mot, il s’agit de la frontière. Ces deux mots sont, dans mon esprit, indissociables. Ils font partie d’un tout, bien réel, concret comme de la pierre, fuyant comme un nuage. Ils m’obsèdent. Le territoire et la frontière sont là. Cette valise est intimement liée à l’émigration. Elle est au migrant une dimension qui échappe au sédentaire. Les territoires sont multiples, leurs frontières peuvent se recouper, se repousser, ne pas être là où on les attend. En Europe, la plupart des frontières traditionnelles ont disparu. Les bâtiments qui abritaient les défenseurs de la limite sont fermés. Les piquets en uniformes, de différentes couleurs, ne sont plus là. Les marches de la France se sont éloignées, comme jamais. Les Barbares sont repoussés au loin, même si leur intrusion est incessante, autre forme d’invasion. Mais la trace de la frontière reste, symbolique, dans la mémoire comme dans la réalité.

La plaine et le fleuve

Les choses sont parfois moins simples qu’elles n’en ont l’air. Particulièrement quand on vit en Alsace, ce qui est mon cas depuis des décennies. S’il est un endroit que l’on peut qualifier de région- frontière, c’est bien cette partie de la France. Mais c’est Paris qui a décidé qu’il en serait ainsi et qui a transformé en frontière naturelle ce qui n’était pas autre chose qu’un lien, le Rhin. Le fait que l’Alsace soit une région schizophrène n’est pas pour rien dans le fait que je m’y sente bien. Mes relations, mes amis alsaciens se sentent français, ils le sont sans aucun doute, même si l’on sent rapidement qu’ils sont d’abord rhénans. Le dialecte, qui reste l’apanage de la campagne et de quelques faubourgs, permet la communication d’un côté à l’autre du fleuve. C’est ce dire commun qui permet aux élites locales, quand elles arrivent à se libérer de la contrainte centraliste, d’envisager la mise en place d’une entité commune à cheval sur les deux rives. Ce parler, qui n’est pas un patois, est le ciment qui lie du nord au sud un particularisme qui qualifie les autres Français de Français de l’intérieur. Lors de la sortie triomphale de ce film qui vantait la chaleur des gens du nord de la France, Bienvenue chez les ch’tis, un lecteur avait suggéré dans la presse locale de faire un équivalent alsacien et proposé comme titre : « Bienvenue chez les schmitts ». En peu de mots tout était dit : le mélange franco-allemand, le fait qu’ici personne ne se considère comme un « schmitt », que ce sont les autres, ceux de l’intérieur, qui ont affublé les Alsaciens de ce surnom dont la fonction essentielle est de rappeler la proximité de l’Allemagne et le passé de cette région. Ce vocable est tout sauf sympathiquement employé dans ce cas-là, mais il a été intégré dans la culture locale. Au fond, cette ambivalence, on est Français mais on veut fonctionner comme les Allemands, révèle l’inconscient culturel alsacien. Les structures de la région, qu’il s’agisse de la façon dont les forêts sont administrées, du statut des apprentis ou encore des jours fériés, révèlent une empreinte allemande conservée après 1918 sous le nom de « droit local ». Les Alsaciens accueillirent alors avec soulagement la fin de « l’annexion » germa- nique mais refusèrent de se défaire des droits sociaux et culturels dont ils avaient bénéficié pendant ces presque quarante années. Encore aujourd’hui, lors de la dernière révision de la Constitution française, des parlementaires locaux sont intervenus discrètement afin que ce droit ne soit pas remis en question. Territoire et frontières sont ici fort flous, ils ne se recoupent pas. Il serait vain d’oublier ici qu’une partie du pays gît quelque part en Russie, à Tambov, sépulture de milliers de jeunes Alsaciens incorporés de force dans les troupes du IIIe Reich. Quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur les « malgré-nous », Tambov, donc, reste et restera pour longtemps un de ces territoires de la mémoire.

D’un pays l’autre

En même temps, Erasme, dans notre tête, dans notre mémoire, passe d’un endroit à un autre. Il relie Sélestat et le centre de l’Alsace à Amsterdam, Amsterdam à Bologne. Il va en Suisse comme en Angleterre. Cambridge, Louvain, Paris, Rotterdam sont ses points cardinaux. Quand je marche, voyage, réfléchis, je pense à cet homme pour qui les frontières n’existaient pas. Il fait partie d’un passé, rêvé, imaginé, embelli, mythifié. La liberté de circuler, si chère aux tenants du libéralisme économique, est avant tout celle de l’homme debout. Quand j’escalade des rochers, je m’aperçois que mes mains connaissent des territoires que d’autres n’ont jamais touchés. Elles ont pris connaissance de pierres, de rochers, de dalles. La mémoire de mes mains me rappelle que les territoires peuvent être aussi appréhendés d’autres façons que par des analyses intellectuelles et rationnelles. Un territoire est aussi une identité, une appartenance, des racines et leurs contraires, c’est-à-dire une absence de ces mêmes indicateurs. Il est des moments rares dans une vie où l’on peut assister à la disparition de frontières étatiques. Cela m’est arrivé deux fois.Conséquence de l’Accord de Schengen, les postes frontières qui marquaient le passage du pont de l’Europe se sont évanouis. Seuls restent quelques bâtiments miteux qui ne ressuscitent qu’à l’occasion de matchs de football tendus ou de manifestations politiques devant le Parlement européen. Il n’y a plus de ces contrôles inquiétants où les photos des terroristes allemands recherchés me ressemblaient beaucoup. Parfois, la fin d’une frontière correspond à la fin d’un monde. Pâques 1990, Berlin, le Mur est tombé depuis moins de six mois. D’un côté comme de l’autre, les gens ne réalisent pas encore ce qui s’est passé. Pour des étrangers, comme pour mes compagnons et moi, cela saute aux yeux. Ceux qui sont à l’ouest vont acquérir une banlieue dont ils n’imaginent même pas l’existence, c’est la fin de leur vie d’îliens. Les « Ossis », eux, changent carrément de continent, de siècle plutôt. Profitant du déséquilibre ambiant, nous nous glissons en voiture entre des douaniers désemparés, sans directives claires. Notre échappée quasi clandestine dans ce territoire, encore fermé il y a peu, nous projette dans notre enfance où l’odeur du charbon était partout, où les murs étaient gris et tristes, sans couleurs, celles de la publicité. Marchant dans les rues de cette ville, le long de l’Oder, dans ce qui nous apparaissait comme un village Potemkine, nous ne pouvions que nous taire, incapables de dire aux gens que nous rencontrions : « Bienvenue dans un monde de liberté plein de faux-semblants ». Il advint ce qui était évident pour nous, sans changer de territoire, les « Ossis » entrèrent en terre d’exil. Fait peut-être unique, ils furent expulsés, sur place, sans bouger de chez eux.

Territoire d’exil

Sans identité territoriale, point de racine, juste une solitude inquiète ; dans les yeux des gens que je rencontre, que je croise, je sens, j’imagine un questionnement permanent : mais d’où vient-il ? Mes années d’exil ont créé a contrario un sentiment d’appartenance à un territoire. Cet endroit n’a pas de dimension géographique, pas de limites concrètes. C’est un ensemble de références essentiellement culturelles, mais aussi gastronomiques. Avoir grandi dans un milieu d’exilés a réglé son compte à l’idée même d’origines territoriales, mais fait naître une envie de patrie mondiale, d’une famille humaine. Ne pas avoir fait d’études a laissé en moi un sentiment de frustration et aussi une envie toujours vivace de m’introduire dans les territoires du savoir. Quand, il y a quarante ans, je fais mes premiers pas comme menuisier dans les locaux universitaires, je crois entrer dans le temple du savoir. Je déchante rapidement. Je m’aperçois vite que l’instruction est une chose mais que cela a rarement à faire avec la culture. Je prends conscience que ces endroits ont tous des propriétaires, des défenseurs, des parasites et des spécialistes. Je suis un nomade et je souffre des frontières. C’est à partir de cette situation, mouvante, que je regarde le monde.

Famille et territoire

Le premier territoire qui apparaît dans ma vie est celui de la famille. Ses frontières sont claires, simples, il y a maman, papa, mon frère, qu’est-ce qu’il fait ici celui-là ? et moi. Puis les autres apparaissent. Soit en personnes, soit dans le discours, ce sont les parents des parents. Les miens étaient l’objet d’un discours permanent. Ceux de ma mère étaient à des milliers de kilomètres, dans un endroit avec un nom magique pour l’enfant que j’étais, le Chili. Pour mon père, seule une sœur surnageait de la catastrophe nazie, sur les cinq qu’il avait eues. Déjà mon territoire familial avait des frontières. Ma mère était allemande. Donc, elle est née en Allemagne. Non, elle est née en Pologne ! Donc elle est polonaise. Non, elle faisait partie de la minorité allemande en Pologne. C’est quoi ? Et alors j’ajoute qu’elle était juive. Tout s’éclaire alors, faut bien être juif pour être dans cette situation, puis tout s’obscurcit, la honte surgit, la pensée de ce qui vient d’être pensé fait honte, le silence s’installe.

Si la période scolaire appartient au monde de l’enfance, elle laisse la place assez rapidement au monde du travail. Ouvrier, sans aucun doute, j’ai com- mencé à travailler avant quatorze ans. Intellectuel, non ; lecteur, oui. Autodidacte, certes, trop intellectuel pour mes compagnons ouvriers, pas assez ouvrier pour mes amis intellectuels. Intellectuel, certes, mais trop pour les uns et pas assez pour les autres. Réflexes ouvriers face aux intellos, réflexes intellos avec les ouvriers, réflexes anti-antisémites face aux racistes. Avec des Français, je me sens étranger ; avec des étrangers, je revendique ma « francitude ». Je suis d’ici et d’ailleurs. Je ne suis ni d’ici ni d’ailleurs. Je suis un bâtard culturel, je n’aime pas ceux qui sont des autochtones. Parfois une discussion s’installe. On aborde les grands problèmes de l’heure. On parle marxisme, anarchisme, luttes de classes, économie, on échange analyses, publications, travail commun. Puis au détour d’une phrase, d’un propos, d’une tirade, je ne comprends pas, plus, ce dont on parle. Je le dis. Que veut dire tel ou tel mot ? J’ai droit alors à la réponse, répétée, fais pas ton ouvrier de service ! Une réunion d’amis chez un ami, après un échange d’idées plus ou moins générales, plus ou moins convenues, une discussion de salon. L’un d’entre eux s’approche : « Vous faites quoi dans la vie ? – Je suis menuisier. – Ah ! c‘est très bien, j‘aime beaucoup le travail du bois », et il me tourne le dos. Une réunion de travail, professionnelle, j’y assiste comme technicien. Une blouse blanche s ‘assoit à côté de moi : « Vous êtes dans quelle clinique ? – Aucune. » Elle me tourne le dos. Quasiment quinquagénaire, j ‘entre- prends des études d ‘histoire. Entré à l ‘université par la petite porte d ‘un examen spécial, j ‘y reste le temps suffisant pour accéder à une maîtrise d ‘histoire contemporaine. Ces études, par raccroc, n’auront jamais la valeur de celles faites dans la continuité des études classiques, ni dans les formulaires de l’administration, ni dans la considération de ceux pour qui elles se sont inscrites dans un parcours sans à-coups. Parfois j’ai l’impression de ne pas avoir le droit d’être là ou je suis. J’ai toujours eu le cul entre deux chaises, et chacun de mes pieds sur chacune de ces chaises. Équilibre instable, instabilité recherchée, instabilité souhaitée, instabilité fertile, instabilité existentielle.

Une formation

J’ai hérité de l’exil de mes parents. Je n’ai pas eu d’effort à faire, il s’agissait juste de survivre. Depuis, j’assume, avec joie et fierté, une histoire que j’ai reçue en héritage. La vie sur les marges permet de plonger ses racines dans des mondes différents, de considérer ces différents territoires comme les siens, ou plutôt ces territoires épars en forment un seul. J’ai toujours admiré ceux que je croisais sur ma route qui avaient rompu avec leur histoire et qui s’étaient construit un autre devenir. Pour moi, le problème ne s’est jamais posé. L’exil semble à beaucoup un drame, une tragédie, ce qu’il est le plus souvent. Quand ce désordre a été choisi, assumé, il peut être porteur de bien des choses. Aucun milieu n’est plus fertile que celui qui rassemble des exilés, enfin en paix, réunis par la fidélité à leur engagement et la dureté des événements traversés. Il se forme alors un territoire sans frontières apparentes, un endroit où les idées des uns irriguent celles des autres, où les histoires particulières deviennent des histoires générales, où l’enfant que j’étais a pu s’abreuver de savoir sans s’en rendre compte. Ma formation politique s’est faite dès le premier jour. Il s’est passé bien des années avant que je me rende compte de ce que cela avait d’exceptionnel. Marx a fait partie de mes intimes, parce que nous habitions dans l’ancien appartement d’un marxologue, spécialiste anti-stalinien de ses œuvres. Wilhelm Reich était là parce que celle qui fut une de ses compagnes était une amie. Le souvenir de Rosa Luxembourg irriguait l’appartement parce qu’un de ceux qui avait cofondé avec elle le KPD (Parti communiste allemand) avait beaucoup influencé ma mère. Je pourrais continuer ainsi pour beaucoup de choses, la peinture, la Chine, la musique, la psychanalyse et bien d’autres encore, sans oublier la lecture de la Bible et ce rapport frénétiquement pédagogique qui en découlait. C’est cette technique de consultation si particulière qui m’a fait plonger de la même façon dans Marx et les théoriciens conseillistes. Au fond, bien que je me considère comme anarchiste, profondément, viscéralement, les auteurs anarchistes historiques m’ennuient. Ce qui m’a d’abord attiré sur ce terrain, ce n’est en tout cas pas la théorie mais l’amitié, l’affection, la reconnaissance d’un engagement, d’une radicalité qui me ressemblaient. C’est alors que j’ai pris conscience de l’existence d’une histoire, d’un territoire où les valeurs des Conseils allemands continuaient à vivre. Ce territoire a bien sûr des frontières, mais elles se situent essentiellement entre des comportements et donc à ce titre elles sont floues, incertaines, jamais acquises. Parfois, on rencontre des individus qui prétendent contrôler la frontière entre anarchisme et non-anarchisme, entre anarchistes et non-anarchistes. L’appétit de liberté, le désir de révolte, l’envie de révolution, tout cela n’a rien à faire de ces gardiens mais se trouve confronté à ceux qui, dans les frontières obscures, inquiétantes, mouvantes, font ce qu’ils peuvent pour rogner, repousser, détruire ce qui leur apparaît comme un danger, une remise en cause, un désordre, une anarchie. La violence des affrontements entraîne la déshumanisation autant de ceux qui agressent que de ceux qui se défendent. Il semble parfois que la vie des uns n’est possible qu’au prix de la mort des autres. Le territoire où la souffrance règne en maîtresse est immense. Je croise, je traverse ses frontières à chaque pas, à chaque coup d’œil. Je sens, je partage, je supporte ou j’ignore cette souffrance de façon consciente et souvent sans le vouloir.

La guerre d’Algérie

En même temps, c’est le refus de faire subir à d’autres cette violence qui va me faire sortir du territoire où j’évolue. Il n’est pas question que je participe à ce conflit. Si je ne peux être du côté français, c’est-à-dire celui de l’oppression, je ne peux être en face, conscient de la militarisation d’un combat destiné en fin de compte à installer des patrons de son propre pays. Fils d’émigrés, donc, comme on dit aujourd’hui immigré de la deuxième génération, c’est à mon tour de prendre le chemin de l’exil, d’aller chez l’autre, sans savoir pour combien de temps. Ce déplacement géographique va coïncider avec un déplacement intellectuel définitif. La frontière entre les partisans de la guerre et ses adversaires est claire. Les séparations qui se font jour parmi ces derniers sont bien plus floues. Il y a ceux qui s’opposent mais qui en fin de compte se soumettent et il y a ceux qui refusent l’obéissance et qui s’insoumettent. Parmi ceux-là, tellement minoritaires, une partie considère que les formes prises par ce combat sont contraires aux buts recherchés. Ce territoire dans lequel j’entre alors est aussi vaste qu’il est étriqué. Les figures mythiques qui le balisent n’en rendent que plus difficile l’occupation. Entre ces Gandhi, Martin Luther King et moi, il y a le souvenir de ceux qui ont permis que je survive dans un territoire hostile. Il était alors livré à des bandes armées engagées dans un combat définitif pour ouvrir la voie, débarrassée des parasites, à une population de surhommes. Ceux que j’ai rejoints bien des années plus tard tenaient cet espace à l’écart de tout souci de conquête comme de toute volonté de vengeance. Pour eux, la lutte armée détruisait aussi bien celui contre laquelle elle s’exerçait que celui qui la pratiquait. Pourtant je ne pouvais rester dans ce territoire confortable affectivement et intellectuellement. J’ai alors franchi la frontière, sans rien renier, pour rejoindre des compagnons anarchistes, et c’est là aujourd’hui que je campe.

La marge

Si chaque territoire a une ou plusieurs frontières, géographiques, temporelles ou intellectuelles et souvent toutes à la fois, c’est dans l’entre-deux que je survis. Les marges qui existent entre deux ou plusieurs territoires ont des limites insoupçonnées. On y rencontre plein de gens, d’idées, d’objets et de créations inimaginées. Voyageurs clandestins, embarqués par mégarde ou intention-nellement, pour un moment ou pour longtemps, mais la plupart du temps de façon inconfortable. Certains y vivent de cinq à sept entre des activités normées, d’autres y sont confinés, enfermés, incapables d’aller voir ailleurs le temps qu’il fait. La marge peut alors devenir un territoire balisé. En même temps, en y vivant, on se protège de la machine immonde qui broie l’humanité. Aux yeux de ceux qui sont à l’extérieur, cet endroit mal délimité apparaît inquiétant, instable, dangereux. Mais il me convient. Dans le maelström qui survient, dans le tsunami de violences réelles comme virtuelles qui est en train de nous engloutir, la marge, quelle que soit la forme où elle peut s’incarner, me semble l’ultime endroit de la résistance.

Pierre Sommermeyer


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