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« J’ai gagné ! »

« Je viens d’être élu avec plus de cinquante pour cent des voix. Mon adversaire est dans les choux. Je me pavane devant caméras et micros en rappelant à quel point nous avons lutté pour conserver/conquérir ce nouveau mandat de maire. Je ne voudrais surtout pas que l’on dise que j’ai gagné parce que les autres ont perdu. Je ne dois ma victoire qu’à la seule force du poignet. Il a bien fallu absorber ou écraser quelques concurrents entre deux tours, mais je n’ai fait qu’appliquer le code électoral. Personne ne reproche à quiconque de doubler sur la gauche une voiture qui tourne à droite ou de doubler à droite une voiture qui patine sur la voie de gauche. Ce qui importe c’est que j’ai gagné, je suis devenu le maire de tous et j’entends bien le montrer et faire ce pour quoi on m’a élu ».

Il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup de mémoire pour se souvenir de ce genre de discours prononcé à bien d’autres occasions. Ce qui est intéressant c’est de se pencher sur les chiffres. Je vais utiliser ceux de la ville où j’habite, Strasbourg. La gauche, en la personne de Roland Ries a emporté la mairie. Je dois avouer que je ne suis pas mécontent d’en avoir fini avec le règne autocratique et coléreux du tandem que constituaient les ex maire et maire-délégué, particularité locale. En fait la campagne de gauche s’est faite essentiellement sur la dénonciation de l’autocratisme hystérique de l’équipe en place.

Mais considérons les chiffres, le PS l’emporte avec 58 % des voix. Victoire incontestable, passons donc au décompte. Il y a, à Strasbourg, 138 792 inscrits. La liste socialo-verte a remporté 44 935 voix. Cela donne en pourcentage réel 30% des voix. Ce qui fait quand même un peu loin de la majorité des inscrits. Si on additionne les abstention (61 760) et les votes nuls ou blancs (1845) on atteint 63 605 électeurs qui n’ont donné leur voix à personne. Cela fait bien plus que ce que le gagnant a récolté. Près de cinquante pour cent de la population n’aurait donc pas pris part à la décision. Si ce nombre semble exact légalement parlant, il est et on le sait bien faux d’un point de vue démographique. Strasbourg comptait 272 700 habitants en 2005 selon l’INSEE. Toujours selon cet institut, le nombre d’individus ayant moins de 19 ans est équivalent à 25 pour cent de la population. Si nous considérons arbitrairement ces individus comme n’ayant pas le droit de s’inscrire il reste 204 525 personnes en âge de voter vivant à Strasbourg (1). On est donc face à un différentiel de 65 733 personnes qui soit n’ont pas le droit de vote, soit ne se sont pas inscrites. Si l’on additionne ces non-inscrits aux abstentionnistes on s’aperçoit que les votes remportés victorieusement par la liste socialiste, mais cela pourrait être n’importe quelle autre liste, correspondent à 22 % de la population en âge de voter. C’est donc cela que l’on appelle la démocratie représentative.

Ces données sont systématiquement passées sous silence. Elles sont effectivement gênantes. On peut plus crier Victoire ! On ne peut plus faire Cocorico ! De ce calcul tout simple découlent au moins deux conclusions. La première est que toute la population d’une ville qui y vit n’a pas les possibilités institutionnelles de donner son avis. Elle vit et travaille là, elle paie ses impôts sous une forme ou une autre, directs, locaux, TVA, elle utilise peu ou prou les moyens de se déplacer, comme les possibilités de se distraire, en fait elle vit tout simplement, et au moins la moitié d’entre elle a le droit de se taire. L’autre conclusion à laquelle on est forcé d’arriver est que la partie muette ne pouvant avancer une quelconque revendication peut être porteuse des difficultés sociales que l’administration municipale forte de sa « légitimité » va rencontrer au cours de l’exercice de son mandat. La décentralisation locale sous forme de mairies de quartier ne change rien à l’affaire. Ces mairies ne peuvent être qu’un lieu de rassemblement de gens plus ou moins déjà impliqués dans la vie de quartier et qui « s’occuperont » de ces gens qui n’ont pas eu l’occasion de s’exprimer, nouvelle forme caritative laïque.
Cette comptabilité permet aussi de se poser la question de l’absence de représentation des habitants de moins de 18 ans. Un mineur de 17 ans 11 mois et 24 jours n’a pas le droit de donner son opinion. Bien sûr, il faut des limites à tout, autrement nul ne sait ou on irait, ce serait l’anarchie. Il existe bien des conseils municipaux de jeunes dont la désignation est laissée au bon vouloir du pouvoir local. Leurs réunions sont chaque fois très médiatisées, mais elles n’ont de spectaculaires que la joie qui brille dans les yeux de ceux qui les cornaquent à la vue des ces futures ou victimes ou complices.

Pour eux comme pour les autres, il s’agit de donner sa voix et de laisser faire.

Pierre Sommermeyer

1- Il faudrait y ajouter les jeunes entre 18 et 19 ans de l’évaluation précédente, mais ces chiffres ne sont pas disponibles sur le site de l’INSEE, allez savoir pourquoi.


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