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Chine et États-Unis
Monde Libertaire n°1575 (3-9 décembre 2009)
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La crise est terminée ! Vous ne le saviez pas ? Pourtant il suffit d’entendre les cris de victoire de ces banques qui sont à l’origine de la crise financière et qui grâce à notre aide, via les États, ont réussi à pouvoir continuer à nous exploiter.

La crise est terminée ! Vous en doutez et vous n’avez pas tort. C’est pour tenter de résoudre ce « petit problème » qu’Obama a fait le voyage à Pékin. C’est l’histoire de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Essayons de comprendre ce qui est en jeu.

En gros et très rapidement, les États-Uniens consomment ce que les Chinois produisent. L’argent que les Chinois se font dans ce commerce est investi dans la dette américaine plus ou moins 800 milliards de dollars. Que se passerait-il si les Américains arrêtaient de consommer les produits fabriqués en Chine ? Voilà tout le problème auquel est confronté le monde aujourd’hui. La mondialisation de l’économie a pour corollaire la mondialisation de la crise. Dans Le Journal du dimanche de la fin de septembre, le journaliste qui rendait compte du G20 disait que « l’enjeu était de conduire les Chinois à consommer plus et à exporter moins et les Américains à épargner et à produire plus plutôt qu’à s’endetter toujours plus ».

La situation aux États-Unis

Le monde financier est donc sorti de la crise. Les mises de fonds des États ont permis aux grandes banques de surnager et de renouer avec les bénéfices. Au fond c’est logique, si les bénéfices doivent être à destination des actionnaires et des cadres supérieurs, s’il y a des pertes, il suffit de faire payer le contribuable à travers les États ; pourtant dans les banques de dépôt et de détail américaines, celles qui gèrent les comptes privés, c’est la panique. Depuis le début de l’année, quarante de ces établissements ont fait faillite et ce n’est pas terminé. Au mois d’août ce fut le tour de la First National Bank qui avait 156,9 millions de dollars d’actifs et 142,5 millions en dépôts. Après la faillite de la banque californienne Indymac en juillet 2008, qui avait 32 milliards de dollars d’actifs, Wall Street avait prévu une cascade de faillites et c’est ce qui se passe. Selon les estimations, 100 à 150 banques pourraient mettre la clé sous la porte dans les douze à dix-huit mois à venir.

Obama a été élu pour remettre les États- Unis sur les rails. Il sait bien que l’économie réelle de son pays n’est pas à l’image de celle des grandes banques. Mais a-t-il la possibilité de faire plus qu’il ne le fait ? Évidemment pas, car dans cette histoire il ne s’agit pas seulement de l’Amérique mais aussi de l’autre plus grand pays de la planète. Le principal partenaire économique des Américains est la première puissance économique mondiale, si ce n’est réelle mais au moins potentielle, la Chine.

La Chine, puissance impériale

L’empire du Milieu se trouve dans une impasse économique et du fait du centralisme gouvernemental extrême dans une situation politique en équilibre instable à l’intérieur du pays. Mais en dehors, le pouvoir pékinois règne en maître sans avoir de compte à rendre dans deux directions, le monde de la finance d’une part et l’Afrique d’autre part. La conséquence de cet état de fait est que le pouvoir communiste chinois s’approprie des pans entiers de la patrie du capitalisme. Le 19 décembre 2007, le fonds souverain chinois China Investment Corporation (CIC), dont les actifs s’élevaient à quelque 300 milliards de dollars, acquiert 9,9 % du capital de la grande banque d’affaires Morgan Stanley, pour 10 milliards de dollars. Le CIC pourrait investir jusqu’à 2 milliards de dollars en titres hypothécaires américains dans le cadre du plan actuel d’investissement public et privé. Début 2009 selon certaines sources la Chine posséderait 739,6 milliards de dollars de titres de la dette américaine. La question qui se pose est la suivante : mais d’où vient cet argent ? Essentiellement des États-Unis eux-mêmes, c’est-à-dire des bénéfices du commerce fait par la Chine. En 2008 le déficit commercial en défaveur des USA est de 268 milliards de dollars, en 2007 il était de 258 milliards. Les exportations chinoises sont essentiellement des produits manufacturés et dans la situation qui nous intéresse elles sont au cœur du problème rencontré par les autorités de Pékin.

Économie de service ou de production ?

Le choix a été fait par la crise financière. Les banques en s’écroulant mettent à la rue autant leurs clients que leurs employés qui peuvent être les mêmes souvent. Le problème pour le pouvoir de Washington est de faire repartir la machine économique, donc de réduire le chômage. Les chiffres indiquent que ce dernier est le plus haut jamais atteint depuis vingt-six ans. Si l’on prend en compte les personnes qui ont abandonné l’espoir de retrouver un emploi, il y aurait, selon Le Monde du 9 novembre, plus de 17 % de chômeurs. Comme le secteur des services est sinistré par le haut et sans débouché par le bas, les immigrés latinos occupant pour des salaires de misère les moindres emplois, le seul espoir de remédier à cet état de fait c’est de faire repartir la production de biens de consommation sur le territoire américain afin de fournir des emplois locaux, mais pour cela il faut limiter l’importation de biens chinois. La bataille du protectionnisme est lancée. Il y a deux façons de freiner l’arrivée de produits chinois sur le sol américain, les droits de douane exorbitants ou l’augmentation de la valeur de la devise chinoise.

Vers une guerre économique ouverte ?

Ces deux possibilités d’inverser la machine sont une catastrophe pour la Chine capitalistocommuniste. Tout le système fonctionne en direction de l’exportation. Les premières mesures de rétorsion américaine font pousser des cris d’orfraie aux bureaucrates chinois. Pour répondre à la demande américaine en tube d’acier l’industrie chinoise a triplé sa production entre 2007 et 2008 et maintenant les frais de douane américains sont passés à 99 % de la valeur importée. Façon déguisée et efficace de favoriser la production d’acier sur le sol américain donc d’amener les aciéristes à embaucher (demande directe à Obama du syndicat de l’acier), peut être, à augmenter les cadences certainement. Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres le marché intérieur chinois ne peut pas absorber cette surproduction. L’autre pression exercée sur Pékin concerne la monnaie. Le rapport Yuan-Dollar dessert l’économie américaine. La devise chinoise est sous-évaluée. Une réévaluation entraînerait une baisse des exportations chinoises comme un moindre intérêt pour les délocalisations et les transferts de technologie effectués par les multinationales.

La solution pour Obama et les États-Unis c’est que le niveau de vie des Chinois s’élève, que les exportations américaines puissent y trouver un marché. La vision, que le président américain avait exprimée lors de sa campagne électorale, d’une nation se remettant à la production en direction d’une industrie « verte » est en train de faire long feu. Il est quand même plus facile de prendre le chemin d’une guerre économique que d’amener tout un pays vers une autre logique de production.

L’empire du Milieu en crise ?

La Chine, ce pays d’un milliard trois cent trente millions d’habitants, est dans une situation de crise permanente, partagée qu’elle est entre bureaucratie et capitalisme. En janvier dernier des millions de travailleurs migrants avaient été licenciés et renvoyés chez eux. Mécontents d’avoir perdu leurs emplois ils sont des sources potentielles de troubles dans les campagnes encore sous le joug de petits fonctionnaires réactionnaires. En 2006, on estimait que la moitié des foyers ruraux ne possédaient pas l’eau courante, que 87 % n’avaient pas de WC et que 60 % utilisaient encore des poêles à bois pour faire la cuisine.

On chiffre à deux cents millions le nombre de travailleurs, âgés entre seize et quarante ans, venus des campagnes pour subvenir à leurs besoins et être la main-d’œuvre taillable et corvéable à merci nécessaire au développement industriel et urbain chinois. Le corollaire, méconnu, à ce déplacement en nombre de migrants unique au monde est le sort des enfants de ces travailleurs. Cinquante-huit millions d’entre eux sont restés dans les provinces reculées, 19 autres ont suivi leurs parents dans les grandes villes et autres banlieues industrielles. Les premiers souffrent à tel point de la séparation que l’on parle de « syndrome du laissé derrière ». Quant à ceux emmenés en ville, leurs parents ne pouvant s’en occuper du fait des horaires de travail à rallonge, ils se plaignent du même symptôme. Il s’y ajoute les problèmes liés à la délinquance soit comme acteurs soit comme victimes. Le pouvoir estime que cela touche un quart des enfants du pays.

L’autre problème que rencontre le pays est le manque de terres agricoles. C’est la raison de cette ruée sur l’Afrique. En Guinée-Équatoriale des ouvriers chinois se mettent en grève. Deux morts, trois cents grévistes sont renvoyés en Chine, on imagine leur accueil. Pour faciliter les investissements de Pékin, nombre de pays africains modifient leur législation sociale trop laxiste aux yeux du pouvoir communiste chinois. Ce qui permet à Pékin d’offrir de prêter 10 milliards de dollars aux pays africains trop heureux d’accepter cet argent sans avoir à faire la comédie de la démocratie.

Pour finir

L’augmentation, incontournable, du niveau de vie en Chine aura, il est probable, comme conséquence de créer les conditions favorables à des affrontements sociaux politiques entre les nouveaux riches qui demanderont plus de liberté pour faire encore plus d’argent et la structure politico-bureaucratique qui gère le pays. Il est fort probable alors que les masses seront appelées à se ranger derrière les uns ou les autres. Derrière les nouveaux riches se rangeront ceux qui revendiqueront un mieux vivre matériel ; les bureaucrates, eux, en appelleront à la justice sociale pour pouvoir cacher derrière cette rengaine la continuité de leur appropriation du pays. L’avenir nous dira si, entre ces deux camps, si, contre ces deux camps, une classe ouvrière révolutionnaire se manifeste.


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