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Schengen, la forteresse Europe
n°1665 (22-28 mars 2012)
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Donc, le candidat président trouve que le président candidat n’a pas fait ce qu’il fallait en ce qui concerne la protection de la France pour empêcher les hordes barbares de déferler sur notre doux pays. Si le second n’a pas pu être Charles Martel, c’est la faute des autres pays européens membres de cet accord de défense frontalière ! Oh les méchants ! Faut-il prendre ces propos au pied de la lettre ? Il s’agit bien sûr d’un discours de préau électoral. Nous savons bien que quelque soit le prochain locataire de l’Élysée, il n’y aura pas de retour en arrière, vers une sortie de Schengen. Nous savons tout aussi bien que la tentation de refermer les failles du dispositif policier est toujours forte et utile politiquement. Il faut toujours garder sous le coude la possibilité de rassurer l’électeur de base. Le Wall Street Journal publie le 13 mars un article intitulé « Nicolas Le Pen ». Joli raccourci certes, mais les choses ne sont pas si simples.

Mais que raconte donc le candidat ?

« Les accords de Schengen ne permettent plus de répondre à la gravité de la situation. Ils doivent être révisés. » C’est une bonne nouvelle. Nous savons que la crise a pour une bonne partie son origine dans la crise financière. Donc je pense que les spéculateurs resteront à l’extérieur des frontières. Lecteur, ce n’est pas la peine de ricaner ! L’orateur, agité, a continué en assurant qu’il « faut un gouvernement politique de Schengen comme il y a désormais un gouvernement de la zone euro. Il faut une discipline commune dans les contrôles aux frontières ». Puis-je demander, sans rire, au lecteur de se mettre au garde à vous, le petit doigt sur la couture du pantalon. Au-delà du côté caricatural, s’exprime là un discours qui devrait déplaire aux nationalistes. Il y a l’annonce de l’existence d’un gouvernement économique de fait de la zone euro, non démocratique puisque non élu, et la revendication d’un autre gouvernement, politique cette fois et tout aussi peu élu, étendu à la zone Schengen.

La zone Schengen, qu’est-ce que c’est ?

C’est un accord de libre circulation des biens et des personnes. Il concerne tous les pays de l’Europe continentale, Suisse compris. Les pays d’Europe centrale, de la Tchéquie aux pays de l’ex-Yougoslavie, ont signé l’accord mais ne l’ont pas encore mis en application. Ils ne sont pas encore prêts. Cet accord vise deux buts : permettre aux flux économiques intérieurs à l’Europe, tant des personnes que des marchandises, de circuler sans nécessiter de contrôles douaniers, contrôler l’entrée des mêmes flux mais extérieurs en renforçant lesdits contrôles.

Schengen répond d’abord et avant tout aux besoins de base du capitalisme européen. Il doit étendre son marché des marchandises, comme de la force de travail, aussi largement que possible, tout en se donnant les moyens de lutter contre la concurrence extérieure.
Dans ce contexte-là, il est intéressant de revenir à ce que dit le Wall Street Journal, porte- parole du capitalisme débridé. Après avoir rappelé que Nicolas Le Pen avait lié le maintien des avantages sociaux à un contrôle renforcé aux frontières, à une diminution drastique de l’immigration, le journal ajoute que ce dernier fait preuve d’une ignorance économique crasse. « La principale menace provient, dit-il, de l’allongement de la vie des Français et d’un taux de natalité trop bas. Bien que le plus haut d’Europe, il n’est pas suffisant pour atteindre la limite nécessaire au remplacement de la force de travail. Seule l’immigration permettrait de maintenir une force de travail active au niveau nécessaire pour financer la prise en charge des pensions de retraite et l’entretien des personnes dépendantes. La première tâche du gouvernement français est de s’assurer que les immigrants soient correctement assimilés et de créer les conditions dans lesquelles ils pourraient prospérer avec le reste de la société française. » Pour l’auteur de cet article, le candidat président va clairement à l’encontre du capitalisme conquérant.


L’invasion, les frontières et nous

Pour Hervé Le Bras, démographe, «  la peur de l’invasion » est grotesque (dans Libération). Il avance que partout dans le monde, le taux de natalité est en baisse. Il critique aussi notre vocabulaire. Pour lui, « immigré est passif, immigrant est actif. L’immigré est une chose, l’immigrant un travailleur ». Il ajoute que parler de durcir les conditions d’entrée en Europe constitue le pendant aux discours sur l’identité nationale, ce « terme d’identité nationale est particulièrement pernicieux car il laisse croire qu’il existe un type français différent du type anglais, russe ou algérien. C’est une forme culturelle du racisme biologique ».

Aujourd’hui, Schengen, pour ceux qui résident en Europe, est synonyme d’effacement irréversible des frontières, fin du nationalisme et fin du risque de guerre sur le continent européen. Pour ceux qui nous dirigent, cela symbolise la liberté du renard dans le poulailler. Le slogan « No Border » leur va bien, à nous d’y ajouter celui de « justice sociale » pour les faire reculer. Lutter contre les identitaires c’est aussi lutter avec les immigrants.

Pierre Sommermeyer


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