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Faut il aimer l’école ?
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Drôle de question ! Un sociologue, enseignant en lycée et chercheur dans un institut de la FSU, se demandait dans un article publié par le Monde , pourquoi la République n’aimait pas l’école. Il affirmait par ailleurs que les jeunes étaient sous l’emprise des marchés et soumis à la pub, que l’éducation (sic) deviendra production d’un capital humain en vue d’une rentabilisation sur le marché du travail et finissait en disant que les enseignants seront, à l’avenir, au centre de tout effort de refondation du lien social.

Je me suis demandé si je pouvais répondre de façon affirmative à cette question sur l’école. Père de trois enfants, je me suis posé la question aussi à leur propos, ont-ils jamais aimé l’école. Je suis bien obligé de répondre par la négative. Pour eux comme pour moi cela a été un passage obligé, il y a des choses que nous avons aimées, mais l’école en tant que telle non.

Comment aimer quelque chose qui est obligatoire. Cela relève d’un commandement religieux, « père et mère aimera et l’école itou »... Par contre s’il s’agit du concept de l’école....même là je suis dubitatif, étant incapables de séparer le concept du lieu. Au-delà d’une réponse de ce type que l’on peut qualifier de consumériste, je me demande ce que signifie cet appel. Cela me fait penser aux demandes faites par des adolescents en perte de repère « aimez moi ! ». Dans ce discours la république devient une espèce de père tutélaire, ingrat et dictatorial. Tout cela fait bien enfantin. Et si par hasard la République aimait son école, faudrait-il qu’elle aime ses enseignants ? Sous quelle forme cela devrait il avoir lieu ? Plus d’heures de cours, plus de postes, moins d’élèves par classe, des élèves plus respectueux ?

Ces efforts seraient ils suffisant pour soustraire à l’emprise du marché tous ces jeunes consommateurs. Pourquoi seulement eux. Cela me fait sourire si ce n’est franchement rigoler, non pas que ce soit faux, mais nous sommes tous d’une façon ou d’une autre sous cette emprise. S’il n’y avait que les jeunes, je serais content, mais les enseignants comme tout un chacun n’échappent pas à ce marché. Le marché ne s’incarne pas seulement dans des fringues de marques connues. Il est aussi présent dans les lectures, les loisirs, les nourritures ou les voitures des enseignants, comme des autres adultes. C’est moins voyant certes mais tout aussi pernicieux. Encore plus quand ce n’est pas reconnu. Que font les enseignants en tant que tels pour lutter contre cette emprise ? Comme nous ils se débattent.

Etre contre l’emprise du marché sur nos jeunes pousses, implique d’envisager une autre organisation économique de notre société. Je n’ai entendu nulle part les organisations syndicales réclamer une forme de distribution de la richesse produite qui ne soit un aménagement du système actuel. Dans la réalité l’école ne peut être soustraite du reste de la société. Déclarer qu’elle ne devrait pas être le lieu de production d’un capital humain est un souhait fort noble, faut-il encore ne pas oublier que Jules Ferry en créant l’école obligatoire répondait aux désirs des entrepreneurs de l’époque qui désiraient des ouvriers sachant lire et écrire pour pourvoir comprendre les consignes données dans les entreprises. Que ce désir, incarné par la notion de « école obligatoire » ait été subverti par des pédagogues subversifs, comme ceux entre autre que les milieux anarchistes ont produit tant et tant, soit, mais ce que chacun demande pour ses enfants, c’est qu’à leur sortie du système éducatif, ils aient un travail qui paie et qui en plus leur plaise. C’est même le leitmotiv familial, rémanent et illusoire : « travaille à l’école, comme ça tu auras un bon job ».

L’école apparaît souvent dans les discours comme le lieu d’une égalité formelle entre les enfants. Cette affirmation est dans les faits une imposture. On sait bien que le pourcentage d’enfants d’ouvriers continuant des études supérieures n’a pas évolué depuis cinquante ans, et de la même façon, chacun d’un peu informé sait que dans sa ville certains lycées sont pour les enfants des quartiers pauvres et certain pour les riches (pas forcément en argent mais en culture), que même dans chaque établissement des filières d’excellence existent ouvertes à qui en connaît l’existence. Cette inégalité existe depuis fort longtemps, depuis que l’enseignement secondaire s’est ouvert a tous, c’est-à-dire lorsque la scolarité a été rendue obligatoire jusqu’à 16 ans.

Les enseignants seraient au centre des tentatives de refondation du lien social dit l’auteur, si cette affirmation est peu agréable pour les autres catégories sociales, prise au pied de la lettre cela signifie-t-il que le lieu de travail des enseignants pourrait être l’endroit où cette tentative aurait lieu.

Cela me semble une piste intéressante. En occupant leur lieu de travail, en l’organisant afin qu’il ressemble à leurs désirs, les enseignants protégé par leur statut, sans cesser d’enseigner montreraient à tous qu’autre chose est possible, et obligerait le système à évoluer.

L’école est elle peut-être le seul endroit où la mise en place de nouveaux rapport sociaux est possible. Encore faudrait il que la désobéissance civile deviennent non seulement un moyen d’action mais une qualité morale.


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