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Ethniques, vous avez dit ethniques ?
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Monde libertaire 2006


On en est au point ou la couleur de la peau indique si vous êtes intégré ou pas

L’insurrection de novembre est terminée. Plutôt elle est en sommeil. Comme la révolution c’est une taupe. Personne ne sait quand elle redémarrera. 8000 voitures ont brûlé, un millier de mises en examen, quelques centaines de personnes incarcérées et selon notre ministre en chef seulement quatre procédures d’expulsion sont en cours. Conclusion, ce sont bien de jeunes français qui ont tenu la France en haleine pendant trois semaines.
Les trois morts à déplorer ne proviennent pas des affrontements de ces soirées agitées. Il faut remarquer que la police a fait preuve d’une retenue évidente alors qu’elle focalisait les médias du monde entier.

Ces trois semaines ont marqué une rupture dans la vie politique française. Elles sont venues remettre au devant de la scène bien des questionnements. Parce que les braises sont encore chaudes et le resteront longtemps, le pouvoir en place comme la société n’a ni les moyens financiers, ni les moyens culturels pour apaiser cette situation. Ni l’un ni l’autre n’ont réellement envie que les problèmes que ces voitures incendiées mettent en avant soient réellement réglés.

La France se trouve devant deux sortes de problèmes, l’un est social l’autre relève du déni culturel. Ils sont complètement imbriqués l’un dans l’autre. Une partie de l’intelligentsia française ne veut voir dans ces journées qu’une irruption à dimension ethnique, les uns pour la comprendre, les autres pour la condamner. Pour ceux qui ne veulent voir là qu’une émeute sociale, une émeute du pain, ce questionnement apparaît scandaleux.

De façon concomitante à cette flambée de violence, plusieurs revendications se sont faites jours. La déclaration des « Indigènes de la République » a mis au premier plan la revendication de la mémoire d’avant la pseudo intégration et a tenté de rassembler autour d’elle un maximum de personnes pour faire éclater au grand jour l’attitude colonialiste de la société française dans les « banlieues ». A cette revendication mal reçue si ce n’est repoussé a répondu un texte de loi affirmant la positivité de la colonisation française. Venant par la révéler le bien fondé même de la revendication centrale (note) des indigènes.

Des ouvrages de sociologues ont été publiés démontrant l’existence d’un apartheid scolaire (note). La réponse donnée par l’effort de Science Po(note) d’intégrer des jeunes étudiants originaires des ZEP relève plutôt de la charité, ces pauvres méritants, que de la volonté tant du pouvoir que de l’establishment intellectuel ou enseignant de modifier sur le fond notre système de reproduction des élites.

Dans tous les journaux on a pu lire des articles très savant se demandant quelle part d’ethnique il y avait dans ce problème. Ceux là même qui, à gauche et à l’extrême gauche,(note du ML) refusent la dimension ethnique du problème dénoncent les contrôle aux faciès, les refus d’employer ou de louer en fonction des noms. Sous nos yeux se mélangent allégrement les notions d’ethniques de racisme d’appartenance religieuse de communautarisme comme de culture.

A un ami d’origine juive à qui on demandait : « comment toi qui te dit athée peut tu te sentir juif ? » il nous répondit ceci. La plupart du temps, je me sens comme un être humain avec des opinions particulière. Je ne me sens pas juif particulièrement. Mais ce sont les regards des autres, leurs paroles qui me font sentir juif. Quand la menace fasciste grandit dans le pays, quand dans une conversation de café la conversation tourne sur les juifs, de la façon qu’on connaît, alors ce sentiment d’appartenir à un groupe ethnico religieux particulier me saisit. C’est complètement subjectif, mais alors se fait jour à nouveau le sentiment de persécution, la peur de la liquidation. Dans ces cas là je me rends compte que la shoah n’est pas terminée. L’envie de révolte fait place à la nécessité de se protéger. Je laisse tomber le pavé et je prends la valise. Je vote pour Chirac, prêt à fuir, les goy n’ont qu’à se démerder entre eux.

C’est dans une situation similaire que vivent les « jeunes de banlieues ». En effet tout ce qu’ils demandent c’est une part du gâteau. Tout ce qu’ils reçoivent c’est le refus motivé par leur non intégration. Et quand ils regardent autour d’eux, ils s’aperçoivent bien qu’ils sont majoritairement basanés, qu’une grosse minorité est issue de la culture musulmane.
Que leur identité est là en creux. Ils se voient eux-mêmes comme des humains, on ne les vois que comme des étrangers. Leurs ancêtres ne sont vraiment pas de gaulois !

On a pu, moi le premier, faire la comparaison avec les immigrations précédentes. Les Polonais, les Italiens, les Espagnols comme les Portugais ont souffert avant d’être intégrés relativement bien (si l‘on cherche la proportion de grand patrons dans ce vivier, on doit avoir la même proportion que chez les émigrés plus récents). Mais aucun de ces groupes n’étaient dans la situation de ceux qu’aujourd’hui nous appelons pudiquement « des immigrés de xème génération ». Ces personnes sont toutes issues soit de populations issues de l’esclavage comme les antillais, réunionnais, soit du monde colonial comme les noirs africains, les maghrébins ou les comoriens. Et parmi les maghrébins les Algériens sortent tout droit de notre défaite. Une défaite qui n’a jamais été dite, parce que la guerre n’a jamais été dite non plus. Mais cette guerre a profondément marqué la France dans ses populations ouvrières. Là comme ailleurs la majorité de ceux qui ont combattus en Algérie étaient des milieux populaires. Ceux qui ont été en Algérie entre 58 et 61 ont entre 62 et 65 ans aujourd’hui. Ils sont revenus avec la rage et la honte au cœur. Ils sont revenus en vaincus. Militairement la guerre était gagnée, politiquement elle était perdue depuis longtemps. Ils avaient donné un ou deux ans de leur jeunesse dans ces combats douteux pour le moins. Beaucoup de leurs amis sont mort la bas. Ils sont rentrés avec la haine des colons qui « leur crachaient à la gueule » et le mépris envers les Algériens qui leur tournaient le dos et dont ils avaient peur de façon permanente. Ils ont fondé des familles, ils ont eu des enfants, ils ont transmis consciemment ou pas ce racisme Ce racisme hérité de cette horreur irrigue sans le dire notre vie politique. Dans le déni général qui caractérise notre histoire récente personne ne veut faire référence à ce mal pernicieux, contagieux qui nous touche de si près.

Cette défaite l’algérienne comme celle qu’est la fin de la colonisation qui en a été une tout aussi bien même si elle n’a pas été militaire ont fait apparaître des individus qui refusaient la civilisation que nous, la France éternelle, venions leur apporter. Le déni des intérêts impérialistes français au profit d’une soi-disant culture universelle apparaît dans la loi révisionniste mentionnée plus haut.

On assiste aussi à gauche à la prise de conscience du fait que la presque totalité du personnel politique militants comme responsables, colleurs d’affiche comme parleurs à la télé sont d’une pâleur irréprochable. Et chacun y va de son mea-culpa à ce propos. Surfant sur cette mauvaise conscience, les femmes des partis politiques tentent d’imposer la parité des sexes, au risque de faire bien des mécontents.


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