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Logiques totalitaires
Réfractions N°19 2007
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Les logiques totalitaires en Europe,
sous la direction de Stéphane Courtois, Paris,
Éditions du Rocher, 2006, 600 pages, 24 euros.

Comme ceux qui l’ont précédé (cf. Réfractions n° 17), le dernier ouvrage publié par Stéphane Courtois1 est composé d’articles de différents intervenants et précédé d’une préface Courtois lui-même. Après avoir exploré les crimes contre l’humanité, les traces laissées par le communisme, il s’attache cette fois à mettre à jour, dans un premier temps, ce qui dans la théorie et le langage « révolutionnaires » amène de façon irréversible à l’horreur, puis continue l’étude, de façon plus ou moins idéologique, des processus historiques.

L’ouvrage commence par une introduction de S. Courtois où il attire l’attention sur un auteur israélien, Jacob Talmon, qui s’efforce de tirer au clair les racines intellectuelles du totalitarisme. Bernard Bruneteau développe dans sa communication les apports de J.Talmon.

Idéologie du totalitarisme

L’article de cet auteur pourrait servir de réservoir à qualificatifs pour ceux qui seraient en peine de cerner l’idée de démocratie. Si le concept de démocratie totalitaire est au centre de l’article, on y trouve aussi la démocratie libérale bien sûr, puis celle qui est vraie, celle qui est soit formelle soit sociale ; il y a l’absolue, la massive, celle qui est unanimiste quand elle n’est pas parlementaire ou majoritaire, il y a la démocratie organique unanime, et enfin celle qui est de masse. Que faire de tout cela ?

Il suffit de rejoindre la recherche des origines du totalitarisme à laquelle se livre Bruneteau pour être convaincu que celles-ci sont aussi celles de la démocratie. Sur la base du travail fait préalablement par Jakob Talmon, historien juif né en Pologne puis devenu israélien, publié dans les années cinquante, nous savons que le totalitarisme, qui a été le principal problème du xxe siècle, a trois origines : les Lumières, les Jacobins extrémistes et enfin Gracchus Babeuf et ses amis. En prenant appui sur certains postulats des Lumières, « les extrémistes jacobins puis babouvistes auraient créé le cadre paradigmatique pour le développement postérieur du messianisme politique contemporain ». Pour Talmon, « les mouvements de masse du totalitarisme messianique sont une manifestation de la névrose dont souffre l’humanité depuis les débuts des temps modernes ».

À travers ces pages, on croit comprendre que la démocratie est la volonté du peuple. Nous savons bien qu’entre ce que le « peuple » pourrait vouloir et cette démocratie dont on nous rebat les oreilles, il y a bien des intermédiaires qui n’ont à faire ni avec l’un ni avec l’autre. Un historien, auquel l’auteur rend hommage, ira jusqu’à dire que « le dictateur et le peuple ne s’affrontent pas […], à travers rites et fêtes, mythes et symboles les gens sont amenés à une participation active. Pour des millions d’entre eux il s’agissait de la vraie démocratie ».

En fait, du début à la fin de cet article, l’auteur reste dans l’abstraction, dans l’idéologie, il n’y a nulle part de confrontation avec la réalité. Ceux qui se sont révoltés en 1789, comme en 1917 et dans les années suivantes, ne se seraient pas soulevés parce qu’ils avaient eu faim, avaient été maltraités et persécutés, mais seulement parce qu’ils auraient lu les livres et autres libelles écrits dans la période des Lumières et après. De la même façon, l’auteur oublie que si les systèmes totalitaires ont pu fonctionner, c’est qu’auparavant ils avaient liquidé par la mort ou par l’exil toute forme de contestation et mis sur pied un mécanisme de terreur permanente. Bruneteau ferait bien de relire les parties historiques des autres ouvrages de Courtois où sont décrits par le détail ces fonctionnements pervers.

À lire l’article écrit par ce dernier à propos de Lénine et de l’invention du totalitarisme, il est difficile de rester indifférent à la détermination qu’il met à vouloir charger Lénine de tous les maux de la terre, dont celui d’avoir été l’inventeur du système soviétique de terreur permanente. Courtois semble admettre que certains croient encore que Lénine fut le bon et Staline le méchant dans l’épopée communiste. N’ayant jamais eu de doute sur le rôle de ces deux individus, nous n’entrerons pas dans ce débat. Pourtant, il nous faut relever que cette hargne dans la dénonciation semble cacher une espèce de règlement de comptes qui ne dit pas son nom, celui de l’élève envers son professeur.

Ce qui nous intéresse dans cet article, c’est ce qui n’est pas dit. Si l’on apprend comment Lénine est devenu ce qu’il fut, jamais il n’est dit pourquoi il le fut. Dans le monde russe d’avant 17, un certain nombre de personnes, et non des moindres, ont emprunté d’autres chemins que Vladimir Illitch Oulianov vers la révolution. Bakounine, Kropotkine et bien d’autres avaient choisi un chemin radicalement différent. Pourquoi pas Lénine ? Courtois, tout à sa hargne, fait de l’homme de la Léna un observateur à la lettre des dits et écrits de Marx. Soit, mais qu’en est-il des autres marxistes russes ? Dan, Martov, et les mencheviks étaient-ils de moins bons marxistes ? L’auteur de l’article se rappelle-t-il seulement la correspondance entre Marx et Vera Zassoulitch, où le premier semble considérer le village communautaire traditionnel russe, le mir, comme la base d’une possible révolution en Russie ? Nous ne saurons pas pourquoi Lénine ne fut pas anarchiste, ou même seulement socialiste.

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