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Le Québec aujourd’hu
Multiculuralité, interculturalité, etc
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ML 2008

Toutes les discussions, tous les débats, quand il s’agit des problèmes culturels en France, tournent autour des relations entre les Français de souche, les « Souchiens » et les autres, qui sont en majorité issus d’Afrique, et plus particulièrement du nord de ce continent. Le racisme, ou son soupçon, pollue ainsi les problèmes posés par la vie en commun entre gens de cultures ou de provenances géographiques différentes. En changeant de pays, de continent, nous allons tenter de comprendre ce qui est en jeu. Au Québec, la coexistence entre des Blancs francophones et d’autres qui parlent anglais n’est pas évidente. Là, nulle question de racisme, pas de problèmes entre des musulmans et des chrétiens mais une situation qui existe depuis plusieurs siècles, depuis la colonisation.

Une situation coloniale

Le 13 septembre 1759, dans les plaines d’Abraham, devant la ville de Québec, les troupes françaises sous la conduite de Montcalm sont écrasées par les forces anglaises. Une société protestante, anglophone, impose son pouvoir à une population catholique, francophone. Pour les Québécois, la religion chrétienne, dans sa version romaine, devient le vecteur essentiel de leur culture française, le lieu de la résistance à l’oppresseur britannique. Le fait culturel est occulté par la religion. 201 ans plus tard commence ce qu’il convient d’appeler la « Révolution tranquille ». Maurice Duplessis qui avait incarné pendant vingt ans ce qu’il y avait de plus réactionnaire dans la société québécoise meurt en septembre 1959. C’est le signe la fin du pouvoir sans limites d’une Église catholique ultra-réactionnaire, puisque majoritaire. (Lors de leurs passages à Montréal, Elisée Reclus, Emma Goldmann et Rudolf Rocker avaient d’ailleurs critiqué tour à tour cette omnipotence.)

Les dix années qui suivent voient l’irruption de l’idée indépendantiste avec le rôle important du Front de libération du Québec (le FLQ), et également la célèbre proclamation du général de Gaulle (« Vive le Québec libre ! »). L’action du FLQ, ses attentats, ses meurtres se terminent en octobre 1970 par l’enlèvement et la mort du député Pierre Laporte. Au même moment avait lieu une intervention militaire à Montréal afin d’arrêter plusieurs centaines de militants, et ce à la demande du maire de la ville ainsi que du Premier ministre québécois, prétextant une insurrection généralisée. L’enlèvement, le meurtre et ces arrestations signent la fin d’un processus révolutionnaire menant à l’indépendance. Le Parti québécois, créé deux ans plus tôt, va hériter de l’énergie exprimée dans ce combat et prendre la voie légaliste, donc parlementaire. En 1977, le français devient la langue officielle du Québec. Deux référendums, en 1980 puis en 1992, qui devaient amener la « Belle Province » sur la voie de l’indépendance sont repoussés par ses habitants. La question nationale reste encore aujourd’hui la question centrale, occultant la question sociale et prend donc la place de l’affrontement gauche-droite.

Priorité à l’immigration

Il convient de rappeler, tant du côté anglophone que du côté francophone, que le Canada est un pays d’immigration. Les autochtones, qu’ils soient indiens ou inuit n’ont pas eu et n’auront pas droit à la parole dans ce débat colonialo-culturel. Dans un pays immense et peu peuplé, l’arrivée régulière d’étrangers joue un rôle primordial. De chaque côté, la politique d’intégration est différente, même si les difficultés restent les mêmes. Les Européens migrants sont minoritaires. La plupart des nouveaux arrivants sont originaires d’Afrique et d’Asie. En 2001, un recensement affiche la présence de plus d’un million de Chinois, de 900 000 personnes provenant du sud de l’Asie, de 600 000 Africains et Haïtiens et de 300 000 Philippins. A l’époque, la population totale avoisine les 30 millions de personnes, les migrants en représentent plus de 15 %. De 1996 à 2001, leur nombre a augmenté jusqu’à 24,6 %.

C’est à travers la spécificité linguistique canadienne que se livre un combat dont les immigrés sont les boucs émissaires. La majorité anglophone et ses porte-parole politiques reprochent aux Québécois de ne pas faire ce qu’il faut pour accueillir les travailleurs étrangers. Au-delà de la façon quasi antagoniste dont l’intégration est conçue de part et d’autre, communautarisme pour le côté anglophone contre intégrationnisme culturel pour les francophones, ce qui semble être en jeu est la survie d’un pôle national non intégré dans l’immense Amérique du nord. C’est dans ce cadre qu’une commission dirigée par deux illustres universitaires été mise sur pied au mois de février 2008 pour préconiser une série d’accommodements permettant une meilleure intégration des immigrés.


La commission Bouchard-Taylor

La « Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles a terminé ses travaux » et a publié son rapport le 20 mai de cette année. Elle aborde des sujets aussi différents que les bains séparés, la prière aux conseils municipaux, le réfrigérateur casher à l’hôpital, la controverse entourant les décorations de Noël, le crucifix à l’Assemblée nationale ou encore l’interdiction du port du hijab dans un tournoi de soccer. La liste complète est accessible sur le site de la commission. Les rapporteurs déclarent dès le début « qu’il existe un certain décalage entre les pratiques qui ont cours et le sentiment de mécontentement qui s’est élevé dans la population », qu’il existe « des distorsions importantes entre les perceptions générales de la population et la réalité des faits ».

On pourrait croire qu’il s’agit simplement d’un problème de racisme rampant, du ras-le-bol d’une population soumise à une pression socio-économique de plus en plus forte. Les propositions faites par la commission laissent poindre l’idée que les choses sont plus complexes. Pour elle, « la francophonie ne doit pas céder au parti de la peur », et elle ajoute que les « Canadiens français gardent un mauvais souvenir de l’époque où le clergé exerçait un pouvoir excessif sur les institutions et sur les personnes. Or il serait injuste que cela les amène à retourner contre l’ensemble des religions le sentiment douloureux hérité du passé catholique ». Ainsi la boîte de Pandore s’ouvrait et laissait suffisamment d’espace pour que s’introduisent bien des questions, dont celle-ci : la culture est-elle ce qui reste quand la religion a disparu ? Les réactions ne se sont pas fait attendre. Leur violence avaient de quoi surprendre un Français présent à cette époque.

Multiculturalité, interculturalité et identité québécoise

Le conflit, évidemment pas réglé depuis, portait cette semaine-là sur le problème d’identité propre au Québec. Tentons d’y voir plus clair. Par la voix de son leader, Pauline Marois, le Parti québécois, porteur des valeurs autonomistes, déclarait que les « inquiétudes exprimées par les participants à cette enquête avaient été écartées du rapport ». Elle ajoute : « Dire qu’il n’y a aucun danger pour la population québécoise qui représente 3% de la population de l’Amérique du nord ne tient pas compte de la réalité ». Pour elle, « il faut établir clairement la prédominance du français, de la laïcité de nos institutions et de l’égalité des droits des hommes et des femmes ». On tombe évidement dans la confusion des genres. En ce qui concerne la laïcité, la réponse des concernés ne s’est pas fait attendre. La commission avait suggéré que « le lieu où délibèrent et légifèrent les élus ne soient pas identifié à une religion particulière ».

A l’Assemblée nationale du Québec, un vote unanime a confirmé la présence d’un crucifix au-dessus de la tête du président . De son côté, le maire de Montréal a assuré que le crucifix accroché dans la salle du conseil, présent depuis cinquante années, était encore là pour longtemps, bien qu’il ajoutât : « Tout le monde reconnaît que l’on est dans une société laïque ». A Trois-Rivières, le maire déclare : « On ne voit pas pourquoi nous serions dans l’obligation de ne pas faire la prière qui fait partie de la tradition de la ville depuis plus de 300 ans ». Avant de concerner les musulmans, ces réactions visent essentiellement à confirmer la différence entre anglophones et francophones, rendant ainsi plus opaque la problématique soulevée. En effet, pour les premiers, une des raisons sous-tendant leur mépris pour les Québécois est cet attachement à une religion considérée comme une ennemie séculaire et qui le leur rend bien. La conception anglophone de la laïcité, c’est-à-dire la neutralité de l’Etat vis-à-vis des religions, a pour conséquence ce genre de palinodies. C’est une conception qui sous la pression des religions conquiert le monde occidental. Une laïcité militante est une laïcité qui affirme que la loi est une construction humaine où la religion quelle qu’elle soit n’a rien à faire.

Culture, religion, etc.

Le problème posé par le débat québécois est le même que chez nous : qu’est-ce que la culture ? Toutes les cultures se valent-elles ? La culture du pays qui accueille est-elle supérieure à celle de ceux qui viennent d’abord chercher du travail ? Y a-t-il une culture supérieure qui vaut pour toute l’humanité ? Quels sont les critères ? On a bien vu en France que les choses ne sont pas aussi simples qu’on voudrait le laisser paraître lors de la question de l’annulation d’un mariage pour cause d’hymen défloré. On a vu alors un tas de bien-pensants, partisans des droits de la femme, oublier que, encore aujourd’hui, s’il n’est pas question de brandir un drap ensanglanté après les noces, il est toujours indispensable de proclamer la virginité de la mariée à travers le port d’une robe blanche tant à la mairie qu’à l’église.

Voilà donc un certain nombre de questions ouvertes. Laissons pour terminer la parole à un groupe anarchiste québécois : La Conspiration dépressionniste, qui affirme dans un manifesté intitulé : « Pour un Québec morbide. La morbidité est cette rationalisation de la violence économique qui nous est faite. Le Québec est une société qui meurt par la prospérité des paradis fiscaux ». On est alors bien loin des problèmes culturels.


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